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Full text of "Journal des Comités de défense et de décolonisation des territoires #1"

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Comité de 

défense et de 
décolonisation 
des territoires. 


Une brèche a été ouverte par une bande d’anonymes maintenant notoire. Leur mouvement autonome 
de réoccupation du territoire a révélé l’intimité des perspectives écologistes et décoloniales. En bloquant le 
projet pétrolier de Junex et en affirmant la légitimité des souverainetés traditionnelles Mi'kmaqs sur le 
territoire, leur action a donné lieu à des nouvelles possibilités de luttes victorieuses. Après le 
démantèlement des premières barricades, cet appel à l'organisation s’inscrit dans la continuité de leur 
audace. 

À partir du démantèlement, le Camp de la rivière devint un ancrage central de la lutte contre les 
hydrocarbures et la fracturation en Gaspésie. En plus d’être le lieu d’une quotidienneté emplie de sens, le 
camp multipliades efforts visant à bâtir une force qui saurait s’opposer à l’économie de la mort, au travail 
concerté d’un Etat extractiviste et des entreprises pétrolières qu’il finance. En ralliant des habitant.es de 
partout, de la Gaspésie, du reste du Québec et des Maritimes, il a prouvé que ses potentiels de rencontres et 
d'alliances sont d s une grande puissance. 

Dans leur déclaration au banquet Junexit, deux chef.fes traditionnel.les Mi’kmaqs écrivent qu'« après le 
démantèlement de la barricade, la lutte ne fait que commencer, et des coalitions se forment entre les Chefs 
des Districts Mi’kmaqs, ainsi que les protecteurs de l’eau et de la terre allochtones. Nous appelons tous les 
groupes et individus qui se sentent concernés par la protection de l’eau et de la terre sur le territoire de 
Gespegawagi à faire entendre leur appui, à agir et à rejoindre la lutte sur place. » 

L'appel à la semaine d'actions a été un succès dans plusieurs régions, multipliant déploiements de bannières 
et organisant occupations, manifestations et blocage de trains.Xa cause, reprise par des écologistes autant 
que par des militant.es décoloniaux s'est posée comme symbole de la défense du territoire, de la nécessité 
de protéger les régions et les milieux de vie auxquels nous appartenons. « Tout à perdre, rien à gagner » : 
plus qu'une opposition aux projets extractivistes, nous voulons exprimer notre attachement au territoire et la 
menace qu'est le pétrole pour ce à quoi nous tenons. 

Pour penser la suite de la lutte et son extension, pour voir comment nous pouvons contribuer à multiplier 
les conflits, nous proposons aux ami.es, aux camarades, aux allié.es, aux complices, de se regrouper 
localement dans des formes favorisant à la fois l'autonomie et l'élargissement de la lutte. 



Vaincre la catastrophe 


Écologie et Décolonisation 

Pas une journée ne passe sans qu’un épiphénomène du 
réchauffement climatique ne vienne ravager une partie du 
globe ou qu’on nous rappelle comment la diversité 
animale chute drastiquement chaque année. Sous l’effet 
de l’extraction massive des énergies fossiles, la 
catastrophe fait irruption dans notre quotidien et nous 
peint un futur sombre. Le déraillement d’un train chargé 
de pétrole fait exploser un village entier. Le changement 
soudain du climat paralyse toute une région. Ce qu’on 
nomme catastrophe n’est que le fonctionnement normal 
d’une économie fondée suri’accélération et la croissance. 

Les énergies fossiles, censées nous libérer de la 
dépendance au soleil, nous ont rendu.es dépendantes aux 
institutions et infrastructures qui les produisent. Au delà 
de l’alternative infernale, entre ceux désirant retenir ou 
accélérer la fin du monde, un parti de la vie se dessine en 
prenant sur lui de combattre les projets de l’économie de 
la mort et de réhabiter le monde. 

Dépossédées, l’on voudrait nous voir vivre déconnectées 
des autres, chaque individu dans sa petite case 
personnelle, aveugle à la violence qu’exige cet ordre pour 
se maintenir en place. 


«Défendre les territoires, c’est briser 
cette bulle. C’est réapprendre à vivre avec 
ce qui nous entoure et composer avec ce 
qui nous constitue. Briser le temps 
normal de l’économie, se retrouver. » 


Le blocage des projets de Junex en Gaspésie et le Camp 
ayant suivi sont de ces espaces qui nous permettent de 
nous rassembler et de nous organiser contre ce qui ravage 
le monde. Ils se lient aux territoires et y tissent de 
nouveaux sentiers. 

Là est le premier point de contact possible. Les 
mouvements écologistes, en proposant quelque chose de 
nouveau pour les allochtones, ont rejoint des idées très 
anciennes pour les Autochtones. C'est en refusant de 
penser la terre comme une simple marchandise, de 
vouloir son exploitation pour le profit et en reconnaissant 
que c’est elle qui nous nourrit, que des possibles se sont 
ouverts., En défendant la terre contre le intérêts propres 
d’un État ou bien d’une entreprise, des ponts ont 
commencé à s’établir entre des mondes qui semblaient 
jusque-là irréconciliables. 

Mais si le désastre qu’est l’économie du pétrole nous 
apparaît comme évident, le rapport à celui-ci se conçoit 
différemment du point de vue des peuples autochtones. 


Pour eux, cette catastrophe est une réalité se réactualisant 
depuis 500 ans. La destruction de l’environnement va de 
pair avec la dépossession qui la précède. Leur perspective 
nous éclaire sur le caractère colonial de l'histoire 
moderne. Elle nous permet de comprendre que le 
développement de l’économie n’a été possible que par la 
dépossession et l’exploitation. Que ce système fonctionne 
encore aujourd’hui sous cette même logique et que Junex 
en est l’ultime représentant. 

Poser la question de la défense des territoires en 
«Amérique» implique donc inévitablement de penser le 
processus par lequel l’économie extractiviste et ses 
institutions ont pu y croître. Ce processus, c’est la 
colonisation, c'est-à-dire le pillage, le saccage et 
l'occupation des terres autochtones. 

Du point de vue autochtone, défendre les territoires est 
donc inséparable de la lutte de décolonisation. Dans ce 
processus, les souverainetés ancestrales bafouées par 500 
ans de conquêtes doivent être revalorisées et mises de 
l’avant. Pour les écologistes, cela implique d'assumer la 
production dç mondes allochtones capables d'habiter sans 
déposséder. A travers une lutte commune contre ce qui 
nous menace et pour la survie des traditions nouvelles et 
anciennes, des mondes jusqu'ici incompatibles peuvent se 
rencontrer. Cette rencontre devra penser l'ordre colonial 
pour sa destruction. Par là, nous pouvons nous adresser 
des problèmes communs. 

La construction des « Amériques » n’aura été qu’un long 
processus violent pour s’accaparer territoires et 
ressources. Les fourrures hier et le pétrole aujourd’hui. Le 
point de vue décolonial offre à penser cette tragédie. Pour 
interrompre l’Histoire, il faut bloquer ce qui la construit, 
c’est-à-dire l’infrastructure de l’economie extractiviste. 

La force mobilisatrice qui pourrait émerger d’alliances 
concrètes entre perspectives écologiste et décoloniale, 
entre allochtones et Autochtones serait annonciatrice de 
luttes victorieuses. Cette possibilité de gagner contre ce 
monde et d’en ouvrir d’autres est entre nos mains. A nous 
de la saisir ! 







Comment faire ? 


« Avancer en questionnant » 

La forme proposée, celle des comités, vise à favoriser 
l’autonomie et l’initiative locale. S’il est nécessaire de 
soutenir le Camp de la Rivière, nous croyons en 
l'importance de reterritorialiser les luttes. L idée de 
croiser défense et décolonisation est de nous donner un 
sens commun sans fonctionner de manière 
programmatique. Chaque lieu, chaque réalité amène des 
situations différentes sans solution universelle. C’est 
pourquoi nous proposons le sentier de l’humilité : 
«avancer en questionnant». Il est nécéssaire de partir des 
conditions vécues et de construire à partir de là, d’agir 
directement tout en s'organisant sur le long terme. Pour 
ce faire, nous suggérons des pistes pour les mois à venir. 


I - Enquêter sur les territoires 

II est tout d’abord nécessaire de faire enquête. Pratiquer 
l'enquête, c'est apprendre à désigner l'ennemi en le faisant 
apparaître concrètement, dans ses plans et ses politiques. 
Tout autant, c'est suivre à la trace ce qui déborde de cette 
logique et tente d'y mettre fin. Cette etape déjà en cours, 
consiste donc à repérer, à identifier, à comprendre, 
partout sur le territoire, les projets de l'économie 
extractiviste et leurs articulations avec le programme 
colonial. On retrouve cette articulation dans 
l'aménagement même du territoire et dans l'omniprésence 
des infrastructures d'extraction. L'espace y est fracturé 
d'inégalités et réunifié par tout un réseau de 
communication et de circulation. Il faut en saisir le 
fonctionnement, les méthodes et plus particulièrement, 
comprendre comment cette politique extractiviste mène 
au sous-développement et à la perte de souveraineté pour 
les habitant.es des régions périphériques. Dans un même 
geste, il nous faut se lier aux résistances et comprendre 
rennemi à partir de comment elles le désignent. Il s'agit 
de se lier aux personnes qui habitent le territoire et qui 
luttent pour le défendre. Cela implique d'apprendre à 
tenir à ce qu'elles aiment et à mépriser ce qui de menace, 
de partager la vie. 


II- Construire l’autonomie 

Les réseaux extractivistes de dépendance font circuler les 
ressources des périphéries vers fe centre. Pour briser cette 
logique, nos réseaux doivent nous permettre de circuler et 
de se rejoindre dans l'action pour répondre aux appels 
lancés. Construire l'autonomie c'est d'abord viser à réunir 
les forces pour combattre ce qui saccage les territoires. Il 
s'agit d'insuffler une force nouvelle aux mouvements 
contestaires et de les réinventer à travers les traditions 
anciennes et nouvelles : ces formes de vie qui nous 
permettent de vivre à même le territoire nous apprennent 
nécessairement à lutter contre ce qui le menace. L'effort 
est donc multiple : bâtir un mouvement combatif dans 
l’écologisme, appuyer les formes traditionnelles de 
souveraineté autochtone et reprendre le pouvoir sur nos 
vies. Pour cela, il faut déjà rendre notre monde habitable, 
c'est-à-dire se re-donner les moyens matériels, les 
connaissances, l'imaginaire et le sens existentiel pour 
tenir dans la désertion et la confrontation. 


III- Bloquer les flux 

À celles et ceux qui vivent en ville et pour qui le monde 
semble impossible à ressaisir, le rôle revient de faire 
apparaître la confrontation en s'attaquant aux symboles, 
aux infrastructures, aux ennemis qui menacent les formes 
de vie auxquelles nous tenons. If faut compromettre, en 
métropole comme ailleurs, la modernisation et le 
développement de l'économie capitaliste extractiviste 
jusqu'à les rendre intenables. La continuation de cette 
économie dépend de sa capacité (1) à extraire des 
ressources et (2) à les faire circuler. Nos considérations 
tactiques doivent découler de cette simple constatation. 
Notre mode d'organisation doit nous permettre de 
soutenir efficacement les luttes qui ont cours sur les 
territoires par-delà les frontières coloniales, d'aider à leur 
extension et d'acheminer des ressources qui permettent 
leur durée. 



Nous proposons ces étapes en vue de voir se multiplier 
les blocages et actions sur le territoire au cours des 
prochains mois. Le succès des actions entreprises 
dépendra de notre capacité à bâtir des relations solides 
sur le long terme, des liens de confiance qui permettent la 
complicité, et des réciprocités qui nous lient. Le 
mouvement que nous nous proposons de développer 
implique une déconstruction profonde des rapports de 
pouvoirs présents entre nous, insufflés dans nos esprits 
par l'idéologie coloniale. Penser la décolonisation 
implique de se projeter dans une temporalité plus large 
qu'une campagne ou qu'un seul campement. Au final, 
nous désirons rendre inséparables le moment de la vie et 
celui de la lutte. 


2 







Approfondir les idées, développer la lutte 

La formation d'un comité vise à réunir ceux et celles désirant articuler écologie et décolonisation 
dans la lutte pour la défense des territoires. Les comités permettent une plus large participation et 
une coordination des efforts. Ils peuvent à la fois soutenir le Camp de la Rivière et s'organiser sur 

leur propre territoire. 

Pour constuire les comités et se préparer à la reprise des hostilités avec les pétrolières, nous 
proposons quelques pistes d'activités et d'actions pour les prochains mois. Nous prévoyons 
organiser une fin de semaine de formation et une rencontre entre les comités dans les prochains 
mois. D'ici là, il s'agit de maintenir la tension, d'enquêter sur les projets en cours et de bâtir des 

liens solides. 

Propositions concrètes 


Organiser le soutien au 
Camp de la Rivière 

Assurer une présence 
physique, fournir du 
matériel et de l'argent. Des 
personnes vivant au camp 
ont décidé d'y passer l'hiver. 
Il faut donc rester à l'affût 
des besoins qui seront 
exprimés dans les 
prochaines semaines 
relativement à ce défi. 


Enquêter et construire la 
solidarité 

Aller à la rencontre des 
personnes en lutte. 

Il est fondamental 
d'apprendre à connaître les 
luttes de défense des 
territoires et de se lier avec 
ceux et celles qui les 
mènent. 

Mettre en place des activités 
de financement 


Organiser des discussion 
autour de livres 

-Penser l'envers obscur de la 
modernité 

-Pour une histoire amérindienne 
de l’Amérique 

-Carbon democracy. Le pouvoir 
politique à l'ère du pétrole 
-Red skins White Masks 
-Colonialité du Pouvoir et 
démocratie en Amérique Latine 
-1492, l'occultation de l'autre 
-Wasâse indigenous pathways of 
action and freedom 
-Decolonization is not a 
metaphor 

Produire du matériel 
d'agitation et d'information 

Il est nécéssaire de faire 
connaître les activités des 
comités à travers des affiches, 
des tracts et autres outils de 


Il faut financer la suite du 
campement, les luttes en 
cours et la défense des 
arrêté.es du blocage et de 
la semaine d'actions. 

Organiser des formations à 
l'action 

Lorsque le temps vient de mettre 
en place des actions ou 
d'intervenir dans celles déjà en 
cours, il est fondamental de 
savoir le faire en minimisant le 
danger que nous courrons et 
maximiser celui que nous 
représentons : ABC d'une 
occupation, préparation 
d'équipes médicales, 
entraînement aux tactiques de 
rue et de survie en forêt, 
apprentissage du fonctionnement 
des technologies ennemies et de 
celles qui peuvent nous être 
utiles. 


diffusion.Ainsi que de 
sensibiliser la population aux 
questions écologiques et 
décoloniales. 


Adopter des positions 
d'appui en Assemblée 
générale 


Organiser des actions 
autonomes 

Les cibles et formes d'actions 
sont multiples, les adresses 
faciles à trouver du moment 
que les ennemis sont 
identifiés. L'organisation 
d'action est à la fois un 
moyen de se lier entre nous 
en incluant de nouvelles 
personnes et de faire monter 
le ton face aux projets de 
l'économie extractiviste. 

Organiser des projections 

Liste de films proposés : 
(Disponible sur le site de 
l'ONF) 

-Kanehsatake, 270 ans de 
résistances 
-Les évènements de 
Restigouche 

-La Couronne cherche-t-elle 
à nous faire la guerre? 
-Pour la survie de nos 
enfants 

-Our nationhood 
-Kouchibouguac 

Participer à l'organisation de 
la tournée de conférences 

Au courant du mois de 
novembre, il serait intéressant 
de circuler dans les régions qui 
ont signifié un appui au Camp 
de la Rivière. Nous proposons 
de mettre en place une tournée 
de conférence. 


Pour organiser des discussions sur les événements du Camp de la Rivière avec des personnes ayant 

participé à la lutte : campdelariviere@gmail.com 
Pour contribuer aux prochaines publications du journal et bâtir le réseau des comités : 

cddt@riseup.net